Le Méléze d’Europe, toujours droit ?

Tirant notre bois au plus proche de nos chantier, c’est tout naturellement que nous utilisons le Mélèze des Hautes-Alpes.
Sa réputation est elle qu’il nous arrive même d’en tailler et d’en livrer d’en d’autres départements.
Mais parlons un peu plus de ce Mélèze.
Avez vous déjà vu des Mélèzes tordus ? Tout tordus ? Dans nos peuplements forestier il y en a peu mais souvent nous rencontrons des individus au pied « croche », plus ou moins difforme.
C’est sous l’effet de reptation du manteau neigeux que le jeune Mélèze se déforme et trouve sa forme de crosse. Par glissement la neige couche les jeunes pousses et par nature ces jeunes pousses tentent toujours de retrouver leur verticalité. Mais pourquoi ne resteraient-ils pas un peu couchés ?
Les linguistes disent qu’« Arbre » et « mât » ont la même racine.
En effet, la verticalité et l’une des principales exigences dans la vie des arbres, au point que s’ils se trouvent contraints de l’abandonner – coup de vent, surcharge de la cime, glissement de terrain … ils font, pour se remettre droit, des tentatives que l’on dirait désespérées.
Fortification du fût Le bois de compression des gymnospermes (résineux) à gauche et le bois de tension des angiospermes, à droite, font partie de moyens mis en œuvre pour y parvenir. Vous avez sûrement déjà vus des arbres haubanés en montagne ! Maintenant vous saurez qui fait quoi …
Un point curieux et amusant est que, si l’arbre tient à sa verticalité, cela ne semble pas le gêner d’avoir « la tête en bas ». Prenez un jeune arbre et retournez le. Vos observerez sûrement que sur ses racines vont croître des rameaux feuillés et des racines sur les branches enterrées. Un renversement bout pour bout est une épreuve surmontable, ce qui compte c’est de rester vertical !
Mais parlons aussi de la croissance en hélice …Elle est si curieuse et si spectaculaire qu’il nous a semblé opportun de faire le point sur ce que nous savons, ou croyons savoir à ce sujet.
Voilà ce que nous pouvons apprendre de ce que dit Francis Hallé dans son plaidoyer pour l’arbre :
Il faut avant tout se garder des hypothèses fantaisistes sur les causes du phénomène : rotation de la terre, attraction de la lune, force de Coriolis ou effet subtil d’un réseau géomagnétique dont les arbres en hélice occuperait les nœuds …
La croissance en hélice a libéré les imaginations au point que ‘obscurantisme n’est parfois plus très loin. Cela suppose également de différencier les « feuillus » des « résineux » que nous savons déjà très différents dans les solutions qu’ils apportent aux problèmes de la vie.
A notre connaissance, aucun feuillu ne commence sa vie avec une croissance en hélice. Au contraire, dans un jeune arbre, les fibres du bois sont rectilignes et verticales, et dans la plupart des cas, la rectitude du fil se conserve dans l’arbre adulte et les feuillus « hélicoïdaux » ou spiralés restent minoritaires.
Cependant, d’après Francis Hallé, chez certaines espèces comme l’Amandier, le Frêne et le Cerisier quelques vieux sujets ont un tronc dont la croissance est hélicoïdale.
En observant un peu le phénomène on s’aperçoit qu’il n’est pas si fréquent et qu’avec la même probabilité les fibres tournent dans un sens ou dans un autre. Cela nous fait finalement penser que la cause de la rotation doit être du domaine de l’aléatoire. Mais qu’en disent les scientifiques ?
Première hypothèse : est-ce du au vent ?
Une branche plus longue que les autres : offrant au vent un bras de levier, elle initierait la croissance en hélice, laquelle serait donc d’origine purement mécanique. L’analogie avec une corde à deux torons est intéressante : une torsion « dans le bon sens » comprime les torons l’un contre l’autre et la corde devient plus dense ; au contraire, une torsion « dans le  mauvais sens » sépare les torons et la corde devient molle et moins résistante. Francis Hallé est réticent face à cette conception purement mécanique dans laquelle l’arbre deviendrait une sorte de tire-bouchon manipulé par le vent.
Une autre hypothèse : la circulation des fluides ?
Pour un autre botaniste, Kübbler, la croissance en hélice est liée à la nécessité, pour l’arbre, d’assurer une distribution équitable de l’eau entre toutes ses branches et des produits de la photosynthèse entre toutes ses racines. Tant que l’arbre est jeune, ses racines et ses branches formant un ensemble complet et équilibré, la distribution est efficacement assurée par la croissance rectiligne et verticale.
Si l’arbre devenu grand ne souffre d’aucun traumatisme la croissance rectiligne est maintenue ; mais à mesure que l’arbre vieillit la probabilité augmente pour qu’une grosse racine superficielle soit endommagée ou qu’une branche maîtresse se trouve affaiblie, puis tuée par la maladie ; dans ce cas la croissance rectiligne n’est plus en mesure d’assurer une distribution équitable des fluides et celle ci est alors rétablie par l’adoption de la croissance en hélice. En définitive, cela permettrait à un arbre vieillissant et amputé de pallier les aléas de l’existence.
Il est envisageable de combiner ces deux hypothèses, mais il faut également admettre qu’elles peuvent être aussi fausses l’une que l’autre. Le fait que certains arbres soit plus portés que d’autres à la croissance en hélice introduit dans le débat un élément génétique qui n’a pas encore été pris en compte.
En définitive, il est sans doute sage de reconnaître que nous n’avons aucune certitude concernant la croissance en hélice des « feuillus ».
Qui sait s’il ne s’agit pas d’une astuce pour échapper aux coupeurs de bois qui ont horreur des arbres spiralés ?
Mais il existe un généticien spécialisé dans le Mélèze : Luc E. Pâques. Voilà ce qu’il nous dit :
« Les mélèzes d’Europe ou du Japon appartiennent à la famille des Pinaceae, comme les Cèdres ou les Douglas, et ont la particularité de perdre leur feuillage en hiver. La croissance en hélice existe chez tous les Mélèzes depuis leur jeune âge. Elle ne semble pas être sous la dépendance de facteurs aléatoires puisque la majorité des arbres jeunes montent en hélice vers la gauche (hélice S). Au cours de la croissance du Mélèze la spiralisation montre une évolution typique :
halle meleze
l’hélice S de départ voit son angle avec la verticale s’accroître jusqu’à 10- 15 degrés tant que l’arbre est jeune et le bois juvénile est donc spiralé. Par la suite, la spiralisation diminue, puis s’inverse et, à partir de 20 à 30 ans, la plupart des arbres adultes montrent une hélice Z qu’ils vont garder jusqu’à la fin de leur vie. De toute évidence il ne s’agit pas d’une anomalie et encore moins d’une maladie, mais d’un mode de croissance particulier.
La composante génétique est ici majoritaire et reconnue depuis longtemps. L’importance économique du bois de mélèze et le manque à gagner qu’induit la croissance en hélice, les planches gauchissent au séchage et deviennent fragiles, ont justifié la mise en place de programme d’amélioration génétique : au Japon comme en Europe, on s’efforce de produire des Mélèzes qui ne tournent pas.
Au final nous ne savons toujours pas pourquoi les mélèzes tournent, mais au moins nous savons pourquoi ils se tordent et comment ils tournent … et cela nous aide bien dans la prévention de la déformation du débit et dans la compréhension du fil lors du travail du bois.

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